Catégorie : Des talons aux sandales

La chronique de Maayan : une Parisienne devenue Karmiéliote, des talons hauts aux sandales tout-terrain.

  • Des talons hauts aux sandales tout-terrain

    « On emporte sa ville aux talons de ses souliers. » — Enrico Macias

    Le lieu de notre rencontre

    Bonjour, je suis Maayan Zerbib… ou Audrey Zenouda : cela dépend de la date, du lieu, du pourquoi et du comment de notre rencontre. Un jour pluvieux et grincheux à Paris, ou une journée ensoleillée et brûlante en Israël ? Un Shabbat dans l’un des très beaux parcs de Karmiel, ou en semaine dans le Paris des faubourgs ?

    C’est là que notre rencontre sera cruciale. Soit vous êtes l’un de mes invités à ma table de Shabbat aux mille salades et aux plats déconseillés par les diététiciennes. Soit votre journée à Lutèce a mal commencé et risque de continuer ainsi. Tout dépend du lieu : c’est là que je viendrai vers vous, chaussée de mes talons… ou de mes sandales. Votre choix est fait ?

    Mais comment une Mistinguett parisienne, qui connaissait les lignes de métro sur le bout de ses ongles fraîchement vernis, est-elle devenue une sioniste qui suit les mitsvot, mère de famille nombreuse, sandales aux pieds été comme hiver ? Le pourquoi et le comment, c’est une belle histoire d’amour.

    Le but de ce bulletin, c’est de raconter comment la transformation a eu lieu. Une intégration dans notre beau pays sans trop de mal… non, je blague. Beaucoup de hauts, pas mal de bas. Au final, les sandales, c’est plus agréable à porter que les talons.

  • Alya, Covid et grève : comment on a survécu

    Reprenons. Je vis à Karmiel, en Galilée, au nord de Haïfa et au sud de Safed. Je tiens à vous faire part de la grève de fin d’année.

    Comme tout le monde, j’ai vécu la grève des profs comme une attaque personnelle, vicieuse, perverse, complètement injuste ! Moi, l’olah qui s’est tapé quatre ans à courir partout pour caser tout son monde. Cumuler des jobs pas superbement rémunérés, faire un oulpan, trouver des écoles pour les enfants selon leur âge et leur personnalité. Le sentiment de solitude quand il fallait récupérer trois enfants en même temps, mais pas au même endroit, tout en étant soi-même au boulot !

    « Demandez à votre mère de venir ! », dixit la gannenet très avisée. Oui, mamie va sauter dans son jet privé en pleine crise sanitaire pour récupérer son petit amour au gan. Ah, le plaisir de faire une Alya en famille : la solitude, tu ne connais pas ! Mais la sensation de porter l’avenir du monde sur tes épaules, oui ! (Un bravo à tous les super-parents qui font leur Alya : on mérite l’internement psychiatrique direct, mais c’est une autre histoire.)

    Donc, après avoir passé l’épreuve de l’Alya, arrive la pandémie. Eh bien oui, sinon ce n’était pas marrant. Nous avions réussi à remettre notre famille à flot, à mettre tout le monde sur les rails, nous nous préparions à faire notre unique sortie à l’hôtel… et arrive le corona, qui nous a ruiné la santé et les nerfs. Bon gré mal gré, avec la force qu’Hachem nous donne, on se relève.

    On s’était trop habitués au calme. Pas de bruit venant de Gaza, pas de corona : trop calme… On avait installé notre routine. Holà, malheureuse, la routine n’existe pas ici ! Tiens, une grève, une belle et stressante grève. Quatre jours de grève après deux ans de confinements et de maladies, c’est trop : plus de nerfs, plus d’imagination, plus de sous non plus !

    On a tenu bon à l’aide de glaces et de la piscine à 10 shekels (merci la mairie de Karmiel). Mais heureusement, car j’étais à deux doigts de déposer mes mômes chez Liberman !

    Ici, l’été à Karmiel, entre le festival de danse, les spectacles gratuits pour enfants, les parcs, la piscine et la mer à 20 minutes, on est très bien en Galilée. Nos vacances se sont bien déroulées, on a tout visité. Vive la rentrée ? Au vu des informations de septembre, j’ai cru que je devais absolument trouver le téléphone de Liberman pour qu’il vienne garder mes enfants. Heureusement, il n’y a pas eu de grève… mais de nouvelles élections.

  • Le bus en Israël : une aventure, que dis-je, une épopée !

    Assise sur le banc, j’observe mes superbes sandales Decathlon, ornées d’un liseré bordeaux (elles existent aussi en jaune). Decathlon… cela envole mes pensées jusqu’en France. Que serions-nous devenus dans notre pays natal ? Sûrement aurions-nous acquis une petite propriété quelque part en province… Mais je divague. Vite, mon bus, je ne dois pas le rater.

    J’essaie de monter au plus vite pour ne pas me faire houspiller par le chauffeur, tout en validant ma carte et en tenant en équilibre : le bus a déjà démarré, les portes à demi closes. Quoi ? Toi, la Parisienne qui me lis, je sais que tu tiens très bien en équilibre dans une rame de métro, en tailleur serré et talons hauts, sans bouger un cil, sans toucher quoi que ce soit. Une reine des transports intra-muros. Je sais, ne t’en fais pas, j’étais comme toi, ma belle. Mais viens, je t’emmène voyager en bus Egged ou Dan, made in Israel !

    Après avoir gravi les marches du bus interurbain et validé ma carte, je rampe et saute jusqu’à une place, je m’écrase sur mon siège et je souffle. Je vérifie encore mon trajet sur l’appli, car rien n’est logique ici, sauf le soleil qui se lève et se couche… et encore. Je vous épargne le voyage option enfants, où tu comptes ta couvée tout en payant et en vérifiant les sacs (merci Hachem, mon peuple aime les enfants, même quand la petite dernière saute sur tous les sièges, occupés compris).

    Je reviens à mon bus : je vais profiter du calme… sauf que j’ai oublié mon pull. Le chauffeur nous prend pour des surgelés, clim à fond en plein été. Je veux lire, mais le bus prend des virages serrés alors que, par la fenêtre, la route est droite. Sociable, j’entame la discussion avec le conducteur. En Israël, les chauffeurs de bus aiment te dire ce que tu dois penser, dire et faire. Tu as un problème dans la vie ? Pas besoin de psychothérapie : prends un billet Haïfa–Jérusalem, il te réglera ton mal-être en un trajet. Ils ont un avis sur tout : la politique, le sport, la géographie.

    Je décide de faire un somme, mais je suis réveillée par un freinage brutal. Des chèvres ! Dans la banlieue de Haïfa, le high-tech a pour voisines les chèvres du Bédouin du coin. On attend… et ma correspondance, elle, ne m’attendra pas : 40 minutes de patience.

    Et les bus en ville ? C’est comme faire du kart avec un bus. Assieds-toi direct, ne joue jamais ! Le bus de ta ville doit avoir un minuteur : il éjecte d’un coup les passagers, les anciens et les bambins, avale son paquet de voyageurs et file plus vite que Buzz l’Éclair. Appuie bien sur le bouton stop, sinon tu fais le tour de la ville. Prends tes cachets contre le mal des transports et apprends le trajet du retour par cœur : non, ce n’est pas l’arrêt d’en face, c’est dans une rue parallèle. Peut-être un monde parallèle. Les plans de bus ? Inexistants. Même les nouveaux chauffeurs sont guidés par les habitants (histoire vraie et vérifiable).

    Mais comme c’est Israël, il y a de belles histoires. Un jour de printemps, entre deux vagues de corona, j’étais très malade et je devais me rendre à Haïfa. Je me suis trompée de bus, d’horaire, la cata. Déjà en route, la secrétaire m’appelle : mon spécialiste ne pourra pas me recevoir. Je descends en pleine campagne, déboussolée, et j’éclate en sanglots de fatigue.

    Le bus du retour arrive vite. Je monte, les larmes encore aux yeux. Le chauffeur panique et m’assomme de questions, ce qui me fait pleurer encore plus. Je m’assois derrière lui et je sens qu’il me protège. Je lui explique mon problème. Il me dit que tout passe, d’aller me reposer, que demain est un autre jour. En fin de parcours, il me dit qu’il a eu peur pour moi.

    Merci, mon grand frère. Merci d’être aussi insupportable, mais toujours là pour les petits et les gros bobos. Merci à ces chauffeurs complètement barrés qui t’aident malgré tout. Merci d’être à la maison. Puis je descends… enfin, je vais essayer.

    Maayan, de Go-Galil